L’épisode charnière de l’histoire des Brigades rouges remonte au 16 mars 1978, lorsque l’honorable Aldo Moro, président des démocrates-chrétiens, a été enlevé et que les hommes de son escorte ont été tués. Aldo Moro, un homme politique des Pouilles, travaillait sur la constitution du gouvernement en formant une alliance avec le parti communiste.

Le pays tout entier est entré dans un tourbillon de tension dans les jours qui ont suivi l’enlèvement. Malgré des recherches minutieuses, il n’a jamais été possible de trouver le repaire des brigands dans lequel Moro était enfermé. Entre-temps, le prisonnier, par le biais d’appels envoyés aux journaux, a demandé au Parti et à l’Etat de négocier avec les Brigades pour sa libération.

L’État italien, cependant, ne voulait pas faire de compromis, il a donc refusé catégoriquement toute négociation (seul le parti socialiste était prêt à négocier avec les Brigades pour sauver l’homme d’État chrétien-démocrate). Dans ses écrits de prison, Aldo Moro a lancé de lourdes accusations contre les dirigeants du Parti, anciens amis, le Saint-Siège, pour avoir choisi la voie de la fermeté et de l’intransigeance, plutôt que de prendre des mesures pour sa libération. Le R.B. a envoyé un communiqué le 18 avril, dans lequel il invitait les enquêteurs à rechercher le corps sans vie d’Aldo Moro dans le lac Duchess, mais la recherche n’a donné aucun résultat.

Le 9 mai, au contraire, la R.B. a informé par téléphone l’ami d’Aldo Moro, le professeur Franco Tritto, que le cadavre de l’homme politique était enfermé dans le coffre d’une Renault 4 rouge, rue Caetani à Rome. Malheureusement, cet avertissement était vrai. Les images du corps massacré de Moro sont entrées dans les foyers des Italiens à travers les éditions extraordinaires des nouvelles, suscitant l’horreur et la consternation. Le meurtre barbare d’Aldo Moro a montré que la violence des brigands ne connaissait pas de limites et qu’il fallait faire quelque chose pour l’empêcher de prendre le dessus.

Histoire

En juillet 1970, le Collectif politique métropolitain (it) (Collettivo Politico Metropolitano) se transforme en Sinistra proletaria (it) (« Gauche prolétarienne »). Peu de temps après apparaissent les Brigades rouges le 17 septembre 1970 lors de l’incendie de la voiture d’un cadre de Siemens.

À leurs débuts, les Brigades rouges se distinguent d’autres groupes politiques d’extrême gauche (ou encore de la gauche extra-parlementaire), tels que Lotta Continua ou Potere Operaio. Ces groupes, alors représentants de l’opéraïsme qui inspira en France le mouvement autonome, contestaient l’hégémonie du Parti communiste italien (PCI) sur le mouvement ouvrier et prétendaient le dépasser par la gauche. A contrario, les BR prétendent reprendre le combat « insurrectionnel » abandonné par le PCI à la fin de la guerre ; en effet la résistance armée anti-fasciste en Italie a combattu dans le nord les armées allemandes et les fascistes italiens de la république de Salo jusqu’à la « capitulation nazie » en mai 1945. Pour eux ce combat est « suspendu » et doit reprendre. La situation politique italienne des années 1960-1970 est l’occasion de reprendre le combat interrompu et de créer un « Parti communiste combattant » ; en ce sens ils sont très éloignés de l’idéologie de groupes marqués par l’« opéraïsme ».

Plusieurs affaires, s’inscrivant dans la stratégie de la tension, sont à l’origine du passage à la lutte armée des Brigades rouges, qui s’inscrit également dans un contexte géopolitique mondial, dont notamment l’effervescence du mouvement étudiant dans de nombreux pays (mai 68 français, Mexique, Argentine, États-Unis, etc.), lié à la contestation de la guerre du Viêt Nam, etc. L’attentat de la piazza Fontana, le 12 décembre 1969 (16 morts et 98 blessés), en marque le début. Un cheminot anarchiste, Giuseppe Pinelli, est à l’époque désigné par les autorités. Des militants néo-fascistes seront finalement mis en examen, en 1997 seulement ; ils seront relaxés en mars 2004 par la cour d’appel de Milan, au terme d’un verdict très controversé. En réaction à l’attentat de la piazza Fontana, de nombreux groupes italiens d’extrême gauche (dont le mouvement autonome) entrent en effervescence.

Devant l’échec des actions de propagande menées en milieu ouvrier, les Brigades rouges décident de concentrer leur action sur ce qu’ils appellent la « propagande armée » ou la « lutte armée » et les actions violentes (séquestrations, blessures par balles aux jambes – appelées « jambisations » –, assassinats) contre les « serviteurs de l’État » : policiers, magistrats, hommes politiques et journalistes.

L’assassinat d’Aldo Moro

Aldo Moro filmé durant sa captivité
Les secondes Brigades rouges, dirigées par Mario Moretti, se sont principalement illustrées par l’enlèvement du président du parti de la Démocratie chrétienne, Aldo Moro, le 16 mars 1978, jour où Giulio Andreotti présentait devant les Chambres un gouvernement de « compromis historique » avec le Parti communiste (PCI), écarté du pouvoir depuis la crise de mai 1947. Aux élections de juin 1976, le PCI avait obtenu plus de 34 % des voix, contre 38 % pour la DC, largement plus que toute autre force politique.

L’État italien refusa catégoriquement de négocier avec les Brigades rouges, qui visaient à atteindre une sorte de reconnaissance similaire à celle obtenue par l’OLP de Yasser Arafat comme mouvement insurrectionnel, ainsi que la libération de certains brigadistes incarcérés.

Après 55 jours de captivité, Aldo Moro fut assassiné par les BR de Moretti. Son corps fut retrouvé dans le coffre d’une automobile via Caetani, à mi-chemin des sièges de la DC et du PCI. Le chef du SISMI (les services secrets italiens) reçut par la suite un blâme pour son attitude de fermeté lors des négociations.

Le télégramme des Brigades rouges expédié après l’exécution d’Aldo Moro d’une balle dans la nuque qualifie ce meurtre de « conclusion d’une bataille. »

À l’époque, les Brigades rouges sont dénoncées par la totalité de la classe politique italienne et apparaissent comme définitivement isolées. Le monde syndical italien les condamne, notamment à la suite de l’assassinat du syndicaliste Guido Rossa (it) le 24 janvier 1979, qui avait dénoncé un travailleur coupable d’avoir distribué des tracts des Brigades rouges.

Le contexte : l’Italie des « Années de plomb »
Pour faire face aux divers attentats, imputables aux deux extrêmes du champ politique qui marquent ces années de plomb, l’Italie adopte des lois d’exception. La loi Reale (it) du 22 mai 1975 autorise la police à perquisitionner et arrêter une personne sans mandat du juge d’instruction, sur seul soupçon. Puis le décret-loi Cossiga du 15 décembre 1979 allonge la détention préventive pour les personnes soupçonnées d’acte terroriste et autorise les écoutes téléphoniques.

La loi Gozzini (it) du 10 octobre 1986, puis la loi sur la « dissociation » du 18 février 1987, qui inaugure la figure du pentito (repenti ou collaborateur de justice) et les décrets-loi du 12 avril 1990 et du 22 décembre 1990, marqueront la fin de ces lois « spéciales », en réduisant la détention.

Une nouvelle génération de terroristes
Dans les années 1980, alors que la plupart des « brigadistes » de la première heure ont abandonné la lutte, une nouvelle génération continue de commettre sporadiquement des actions violentes. À la suite du démantèlement en 1988 de cette nouvelle bande, les Brigades rouges connaissent une période de sommeil avant de reprendre leurs actions à la fin des années 1990.

Le 1er juin 2005, cinq membres des « Nouvelles Brigades rouges », accusées d’avoir organisé l’assassinat en mars 2002 du professeur Marco Biagi, un consultant du gouvernement, sont condamnées à la perpétuité par la cour d’assises de Bologne. Les assassinats de Marco Biagi et de Massimo D’Antona (it), tué à Rome en 1999, avaient été revendiqués par les BR-PCC.

En février 2007, quinze terroristes présumés sont arrêtés dans le Nord de l’Italie, alors qu’ils se préparaient selon la police à commettre des attentats et des assassinats. Le groupe se compose de jeunes recrues, mais également de vétérans du terrorisme, comme Alfredo Davanzo, réfugié en France durant plusieurs années et rentré clandestinement en Italie. En octobre 2007, Cristoforo Piancone, un ancien membre des Brigades rouges passé en 2004 en régime de semi-liberté, est arrêté pour attaque de banque10.

Le 11 juin 2009, six personnes soupçonnées d’appartenir aux Nouvelles Brigades rouges sont arrêtées et accusées d’avoir projeté un attentat contre le sommet du G8 à L’Aquila (8 au 10 juillet 2009). Des armes sont saisies ainsi que les plans du système de vidéo-surveillance du sommet.

Les Brigades rouges : qui sont-elles ?

Les R.B. étaient composés de personnes appartenant pour la plupart aux catégories des étudiants et des travailleurs. Il semble que le fondateur de ce « parti armé » ait été un jeune étudiant en sociologie, appelé Renato Curcio, avec Enrico Franceschini, un ancien militant du Parti communiste.

L’objectif principal des Brigades rouges était d’organiser la révolution contre le SIM (État impérialiste des multinationales). Pour cette raison, la R.B. a trouvé un terrain fertile pour le développement de son idéologie dans les mouvements ouvriers (comme « Autonomie des travailleurs ») et dans ceux hors du Parlement (comme « Lutte continue »).

Les R.B. représentent un groupe composite, formé de différentes subjectivités, qui à un certain moment deviennent les porte-parole d’un mode de vie alternatif par rapport à l’ordre bourgeois préétabli. Cependant, le phénomène des « Brigades rouges », qui s’est répandu dans les années 70, reste un mystère qui n’est pas encore complètement éclairci sur le plan idéologique. Bien qu’il s’agisse d’une réalité essentiellement née dans notre pays, la participation de nations étrangères à la préparation et à l’exécution d’actes terroristes n’est pas exclue. Selon certains spécialistes, l’idéologue de la « révolution armée » prônée par la R.B. est le professeur Toni Negri, qui s’est également distingué comme l’un des principaux théoriciens des mouvements de jeunesse.

Le panorama politico-social italien des années 70 était tellement confus et varié que la R.B. a réussi à gagner une part minoritaire du consensus social, qui a ensuite complètement disparu avec l’assassinat d’Aldo Moro. Aujourd’hui encore, la « Brigade rouge » se fait sentir, même si le climat politique a maintenant changé et ne jouit plus du consensus social sur lequel elle avait bâti son pouvoir ces dernières années.

Les années de plomb

Les années 70 sont appelées « années de plomb » en raison de l’agitation et du climat révolutionnaire qui impliquait principalement les classes sociales « plus faibles ». Les Brigades rouges ont profité de cette période plutôt instable pour mettre en place une série d’attaques de différentes entités contre des personnalités qui représentaient l’État et les institutions : hommes politiques, syndicalistes, journalistes, magistrats, hommes d’affaires, policiers, enseignants. C’était un moment assez difficile pour l’Italie, où la terreur faisait déjà rage pour les massacres des extrémistes de droite qui répandaient une véritable « stratégie de tension ».

À la situation nationale déjà compromise s’ajoute la corruption politique rampante, que seuls quelques hommes politiques ont eu le courage de dénoncer publiquement (comme Enrico Berlinguer, qui a soulevé la « question morale » en 1981). Au cours de ces mêmes années turbulentes, caractérisées par un profond désir de changement dans tous les secteurs du pays, une sorte de « secte occulte », la Loge maçonnique P2, constituée d’hommes influents en politique et en économie, s’est réunie pour rétablir l' »ordre » originel par l’utilisation de l’autorité et des affaires illicites. A la tête de ce groupe se trouvait Licio Gelli.

Parmi les événements criminels qui ont caractérisé la période des années 60 au début des années 80, nous nous souvenons du massacre de Piazza Fontana à Milan (12 décembre 1969) et du massacre de la gare centrale de Bologne (2 août 1980), au cours duquel quatre-vingt-cinq personnes ont trouvé la mort.

Les assassinats politiques perpétrés par la R.B. ont été nombreux, le premier datant du 8 juin 1976, lorsque le procureur de la République de Gênes, Francesco Coco, a été tué, ainsi que son escorte. Il semble que cette action criminelle ait été planifiée par la R.B. pour donner une forte démonstration de leur force envers la politique.